Méthode d'évaluation ISEIA

Une espèce est dite « exotique » pour un territoire donné et n’a pas nécessairement un impact négatif sur l’environnement. Son potentiel perturbateur dépend étroitement du milieu colonisé et de sa capacité à s’y propager. L’évaluation de ces niveaux de perturbations devient alors un outil utile à associer aux listes d’espèces pour orienter la gestion. Plusieurs démarches d'analyse des risques environnementaux causés par les espèces exotiques existent dans la bibliographie, cependant onze des vingt-deux régions de France métropolitaine se sont appuyées sur la méthode « Invasive Species Environmental Impact Assessment (ISEIA) », créée dans le cadre du programme belge Harmonia sur les espèces invasives. Suivant un protocole standardisé, elle permet de classer les espèces introduites de différents groupes taxonomiques à partir de l’évaluation de l’impact environnemental (étape 1) et du niveau de répartition (étape 2). > Afin d'évaluer le potentiel "envahissant" de certains taxons, cette méthode a été testée sur les reptiles, amphibiens, mammifères et oiseaux durant la première phase du projet (2014/2015). Les résultats sont exposés dans la rubrique "outil". 

Étape 1 : Évaluation de l'impact environnemental 

Chaque critère est évalué sur une échelle de 1 (faible) à 3 (fort). Lorsque l'information est peu renseignée sa note ne peut dépasser 2. Un paramètre évalué "DI" signifie que les connaissances actuelles sont insuffisantes pour procéder à une évaluation. La note finale correspond à la somme des notes maximales des quatre critères principaux.

POTENTIEL DE DISPERSION

COLONISATION D'HABITATS À FORTE VALEUR ÉCOLOGIQUE

IMPACT SUR LES ESPECES INDIGÈNES

IMPACTS SUR LES ÉCOSYSTÈMES

Prédation / Herbivorie

Compétition

Maladie

Hybridation

Cycle des nutriments

Altérations physiques

Successions

Réseaux trophiques

1 à 3

1 à 3

1 à 3

1 à 3

1 à 3

1 à 3

1 à 3

1 à 3

1 à 3

1 à 3

1 à 3 (maximum des sous-critères)

1 à 3 (maximum des sous-critères)

Note finale : 4 à 12 (somme des critères principaux)

 

> Potentiel de dispersion

Potentiel d’un organisme à se disperser dans l’environnement.

  •    1 : L'espèce ne se propage pas dans l'environnement à cause d'une faible capacité de dispersion et/ou d'un faible potentiel reproducteur.
  •    2 : L'espèce ne colonise pas de sites éloignés et ne se disperse pas plus d'1km/an (sauf avec l'aide de l'Homme). Elle peut localement devenir abondante grâce à un fort potentiel de reproduction.
  •    3 : L'espèce peut facilement se disperser à l'aide de moyens passifs ou actifs sur des distances supérieures à 1km/an et engendrer de nouvelles populations (espèce très féconde). 

> Colonisation d'habitats naturels

Capacité de coloniser des habitats présentant des communautés naturelles spécifiques et des espèces natives menacées.

  • 1 : L'espèce est réduite aux habitats anthropisés (faible valeur patrimoniale).
  • 2 : L'espèce est généralement confinée aux habitats à faible ou moyenne valeur patrimoniale et pouvant occasionnellement coloniser des habitats à forte valeur patrimoniale.
  • 3 : L'espèce colonise souvent des habitats à forte valeur patrimoniale.

> Impacts sur les espèces indigènes

Potentiel des espèces à causer un remplacement d’espèces autochtones par plusieurs mécanismes.
Divisé en quatre sous-critères : prédation/herbivorie, interférence et compétition pour l’exploitation des ressources, transmission de maladies aux espèces indigènes, et hybridation avec des espèces indigènes (pollution génétique).

  • 1 : Impacts considérés comme négligeables.
  • 2 : L’espèce peut causer des modifications locales dans l’abondance, la croissance ou la répartition d’une ou de plusieurs espèces indigènes (Peut être réversible).
  • 3 : Le développement de l’espèce peut engendrer un grave déclin des populations indigènes et une réduction locale de la richesse spécifique. 

> Impacts sur les écosystèmes

Potentiel d’une espèce à altérer le fonctionnement et la structure d’un écosystème.
Divisé en quatre sous-critères : Modification du cycle des nutriments (eutrophisation), modifications physiques de l’habitat (turbidité, destruction des berges...), modification de la succession naturelle, modification des réseaux trophiques .

  • 1 : Impacts considérés comme négligeables sur les écosystèmes.
  • 2 : Impacts modérés considérés comme facilement réversibles.
  • 3 : Impact fort et difficilement réversible. 

En fonction de la note finale obtenue, l'espèce évaluée est placée dans la catégorie A, B ou C :

CATÉGORIES IMPACT ENVIRONNEMENTAL

SCORE ISEIA

CATEGORIE

Significations

11-12

(Liste noire)

Espèces introduites ayant un fort impact environnemental.

9-10

(Liste grise)

Espèces introduites qui créent un risque modéré pour l'environnement sur la base des connaissances actuelles.

4-8

(Liste blanche)

Espèces introduites qui ne sont pas considérées comme une menace pour la biodiversité et les écosystèmes.

   

Étape 2 : Évaluation du niveau de répartition

La répartition géographique de l'espèce sur le territoire est décrite suivant quatre niveaux : répandue, localisée, isolée et absente.

NIVEAU DE RÉPARTITION

DÉFINITIONS

3

L'espèce est devenue commune sur toute l'Aquitaine et a déjà colonisé la plupart des sites disponibles pour son établissement.

2

Forte expansion des populations de l'espèce et formation de nouvelles populations loin des points d'introduction, mais la distribution continue d'être limitée à quelques sites en Aquitaine.

1

Individus ou petites populations isolés, situés dans le voisinage immédiat des points d'introduction. Colonisation seulement d'une petite partie des habitats potentiels en Aquitaine.

0

Espèce absente en Aquitaine, mais présente dans les régions voisines.

  

Étape 3 : Croisement de l'impact environnemental et du niveau de répartition

La méthode ISEIA a mis au point un tableau permettant de coupler les deux évaluations obtenues et ainsi placer une espèce dans une catégorie finale.

 

 

Les auteurs de la méthode mettent en avant le principe de précaution avec les catégories B0 et A0 qui sont ici associées à la Liste d’Alerte (espèces exotiques envahissantes absentes du territoire aquitain mais dont l’apparition est à surveiller).